encore un sonnet
Cochonfucius vu par Stéphane Cattaneo








Cette intervention prend la forme d'un sonnet.

S'agit-il d'un sonnet nocturne ? Peu importe.

Marie-Madeleine

C'est Marie-Madeleine, une humble pécheresse,
Qui sut apprivoiser le fils du charpentier.
Il ne l'eut pour servante et n'en fit sa moitié,
Mais marcher auprès d'elle était une allégresse.

Les apôtres bientôt la nommèrent prêtresse...
Or cette troupe-là marchait sur les sentiers
Pour parler à chacun d'amour et d'amitié,
Guérir les maladies, soulager la détresse.

Le fils du charpentier comprend qu'il doit mourir.
A Madeleine il dit d'éviter de courir
Aucun risque inutile. Elle dit : Tu ordonnes

Ton propre sacrifice et ton immolation,
Nous laissant dans la crainte et la désolation...
Du fond de mon chagrin, Seigneur, je te pardonne.
   une confrontation

Le fils du charpentier vit la femme adultère
Entourée de pesants regards accusateurs.
Lorsqu'on le consulta, lui, le législateur,
Il prit du temps, d'abord, pour tracer dans la terre

Une étrange inscription de quelques caractères
Que ne nous transmet pas le scribe narrateur ;
Puis dit « Celui qui n'a nul péché dans son coeur
A le droit de lancer une première pierre. »

Les spectateurs déçus quittèrent cet endroit
Où le prédicateur, s'étant montré adroit,
Avait désamorcé la vindicte publique.

La femme, demeurant sur la place avec lui,
Voyait avec plaisir la fin de ses ennuis
Et posait sur le maître un oeil énigmatique.




* * *


se rencontrer sans se rencontrer

Quand Marie-Madeleine a vu l'homme au jardin,
Inconnu, semble-t-il ; et le sépulcre vide,
Dans ces temps qui avaient cessé d'être limpides,
L'air lui parut plus froid dans le froid du matin.

Puis elle a reconnu le doux visage humain
Qu'avait défiguré le supplice homicide.
Alors qu'elle esquissait un geste fort timide,
Elle entendit ces mots : « N'approche pas ta main ».

Que répondre à cela, rien, selon l'Ecriture,
Le Christ avec douceur dit des paroles dures,
Du Père il accomplit l'auguste volonté.

Elle caresse alors, de son regard modeste,
L'homme qui appartient au royaume céleste
Où dans quarante jours il devra remonter.

  

Mallarmé voit un jardin

La pécheresse qui vivait parmi les Douze
À tomber au péché ne les incitait pas,
Même allongeant son corps sur les fraîches pelouses,
Quand ils avaient marché plusieurs milliers de pas.

Le fils du charpentier n'en fit point son épouse,
Et quand il lui parla, juste après son trépas
Et sa résurrection, dit « Ne sois point jalouse,
Je ne voyais que toi, lors du dernier repas.

Exilée désormais en fort lointaine terre,
Aux gens de ce pays elle dit le mystère,
Priant que soit fécond, sur leur sol, ce pollen ;

Un moine gyrovague a béni le calice
Où se forme à nouveau le sang noir du supplice
Et murmuré son nom (c'est pour lui « Magdalen »).

* * *


l'âge du fils du charpentier

Une année serait-elle un tour de l'engrenage
Ou un fragment de tour infinitésimal ?
Mais pourquoi porte-t-elle un repère ordinal ?
Quel sens peut-on donner à un tel encodage ?

Le fils du charpentier nous répond : C'est mon âge
Que l'on mesure ainsi ; et plus d'un cardinal
A calculé l'instant où, d'un corps virginal,
J'ai surgi, bel enfant, déjà subtil et sage.

Partant de ma naissance, on compte une semaine
Pour mon entrée dans la communauté humaine ;
C'est le calendrier que vous avez élu.

Or, chaque année ainsi par un nombre s'ordonne ;
Vous ne l'appelez pas du nom que je lui donne,
Que vous ne savez pas, et le serpent non plus.


  

Avec Rosemonde Gérard

Le fils du charpentier ne dit point « Sois soumise »
À l'abeille, à la fleur, à l'ombre, à la fourmi.
Il ne leur a pas dit de venir à l'église
Dire un Pater Noster avec tous leurs amis.

Il aime les frissons de leur âme indécise
Et leur soulagement sous le ciel éclairci.
Parfois, pour s'amuser, il leur fait des surprises
Et j'ai comme une idée qu'ils lui en font aussi.

Mais l'homme est obstiné à dire sa prière,
Alors que s'il aimait respirer la bruyère
Au profond des forêts, si son coeur palpitait

Pour un bleu papillon qui dans la brise vole,
Il serait entouré de forces bénévoles
Dans ce vaste univers qui frémit, et se tait !